Cris et Pleurs.

Il est désespérant d’entendre à longueur de journée et jusqu’à la nausée, les pleurnicheries sans fin sur la « Crise ».

Certes, il serait scandaleux et injuste de nier l’existence de la situation économique en Europe, et donc en Belgique. Les chiffres du chômage et des faillites explosent, les budgets sociaux sont rabotés et le seront encore, la misère augmente et le désespoir grandit. Comme dans toutes crises (année 30 par exemple), on voit renaître les prophètes de la Peur : peur de l’autre, peur de demain, peur de tout… comme si un aujourd’hui désespéré ne pouvait être qu’exorcisé par la mort du Grand Coupable. Que ce soit le bouc émissaire de la Bible, le juif de Berlin de la Nuit de Cristal, le protestant de la Saint-Barthélémie ou encore l’amoureux gay, il faut un coupable, un responsable, un qui payera, et après cela ira mieux. Illusion de la haine, bêtise de la lâcheté. On le sait, ce sont les « petits blancs » (trash white) qui composent la majorité du KKK, on le sait ce sont les paumés de même nature que l’on retrouve ici dans le meurtre gratuit d’un gamin à Paris, et là-bas dans une décapitation syrienne. Les deux histoires sont des actes « d’existence » propres à des perdus qui, pour conjurer leur médiocrité et surtout l’absence d’espoir, conjuguent leur vie avec la facilité de l’horreur, car seule celle-ci leur permettra d’être. « No futur » chantait la violence des punk dans les années 80, « A mort l’autre » chantent les ultra des grands messes footballistiques, et Luca Rocco Magnotta de répondre : « j’existe enfin, puisque je tue devant Internet ». « Chacun aura son quart d’heure de célébrité » prophétisait Andy Warold…, avait-il pensé à Nabila ? Tiens « Magnotta » « Nabila »…, curieuse homophonie qui n’est pas qu’un hasard. Etre par le paraître, voilà bien le point commun. Comme si Etre ne pouvait plus exister, et que seul le paraître était l’unique espace de vie, de liberté et d’individualité. Je n’existe que par et pour le regard de l’autre ! Ce regard est par nature éphémère ; il n’y a pas de réalité plus légère.

Tout cela sur un fond glauque d’une grand-messe des « tous pourris, ça ne sert à rien ». Relisez les discours de L. Degrelle, il le disait mieux, mais sachez où est votre inspirateur.

Avez-vous remarqué que le rêve le plus partagé est de gagner au Lotto ? Et lorsque vous demandez aux joueurs quel serait leur premier souhait réalisé, un sur deux vous répond « partir ». Partir pour où ? Pour faire quoi ? Peu importe, mais partir !

Triste constat qui veut que le bonheur s’incarne dans l’ailleurs. Triste vie ou le Lotto serait la clef d’une cellule de vie oppressante, écrasante et malheureuse.

A l’opposé, du moins en apparence, l’on voit resurgir les gourous de tous poils et de toute idée. Le monde matériel n’est rien, le paradis nous attend ! Et comment ne pas penser au suicide collectif de la secte du temple solaire. Il y avait parmi les candidats au voyage, des médecins, des profs, des ingénieurs ! Comment ceux-ci se sont-ils laissés désespérément embarquer dans cette ultime illusion ? Poser la question, c’est y répondre.

Car le suicide, comme la sinistrose, comme la désespérance sont des maladies sociales plus contagieuses que la grippe, et parfois plus mortelles qu’Ebola.

Entre l’hyper matérialisme où la vie s’incarne dans la consommation du paraître et les paradis promis, un règle commune : l’abandon de la responsabilité individuelle et la négation de la Liberté Humaine. Peu importe les convictions, peu importe les tentations succombées au matérialisme, en renonçant à l’agir au monde, l’être humain se nie et se tue.

Alors notre vie ? Mais de quoi nous plaignons nous ! Depuis 1945, plus de guerre en Europe, et cette période de Paix n’a jamais été aussi longue depuis des siècles. Jamais la médecine n’a été aussi efficace ; se souvient-on qu’une femme sur cinq mourrait en couche avant la guerre de 14, que l’espérance de vie était de moitié, que l’âge légal du travail était à sept ans ? Se souvient-on que la grippe tuait plus que la guerre, que le choléra et le typhus sévissaient chez nous, il y a moins d’un siècle, que l’amputation se faisait sous éther, que les orphelinats étaient pleins, que l’on mangeait des chiens et des chats entre les deux guerres, que les enfants de 12 ans se prostituaient à Weimar pour un sandwich, qu’une « petite servante » de 13 ans , enceinte de son patron, se voyait qualifiée d’accident du travail, que l’on internait les cas sociaux, stérilisait les pauvres aux USA dans les années 20, prônait le viol des lesbiennes comme thérapie, sans parler de Verdun, d’Auschwitz, de Dresde, de Coventry, de Bastogne et autres Chemin des Dames !

De quoi nous plaignons nous ? Sommes-nous devenus vieux au point de renoncer à notre liberté d’agir sur le réel ? Avons-nous démissionné de tout au point de limiter notre existence en pleurnicheries et en attente de la pension, d’un pré-cimetière apaisé ?

Alors, nous sommes déjà morts, et nous ne méritons pas cette vie, d’autre la prendront et en feront quelque chose. Et qu’on ne me dise pas que c’est injuste, car la réponse d’Alaric le 27 Août 410 au Sénat romain qui le questionnait sur les moyens de sa victoire à toute son actualité ! « Parce que nous avons faim », et que cela soit dit en chinois ou en arabe, gardera tout son sens. Faim de Vie contre fin d’espoir, rêve contre sommeil, liberté contre peur. Voilà les forces d’Alaric.

L’Europe n’est pas vieille, elle est désespérée, et la réponse n’est pas chez l’autre ou les autres qu’ils soient immigrés, politiciens, banquiers, homosexuels, islamistes ou autres. Si nous voulons répondre à la question de l’avenir pour nous et nos enfants, et donc de la Vie,  le combat de conscience individuelle se fait ici et aujourd’hui chez chacun dans sa liberté et dans sa vie, au quotidien. Démissionner c’est mourir. Il convient de lever la tête et de sourire. Tout le reste viendra… ou pas…, mais peu importe !

Le Barreau, dans sa vivacité, dans sa pluralité d’âges, de sexes, de convictions, d’oppositions, de rêves…, bref, le Barreau dans toutes ses énergies, est un des sanctuaires de l’Espoir et de la Liberté.

Voilà aussi notre, ma, responsabilité.

 

Yves DEMANET
Avocat