Une Idole… Nabila ! – Septembre 2013.

Changement d’époque, changement de certitudes, changement d’idoles. Lu dans le Monde ce 27 septembre 2013 à l’occasion du procès, en partie civile, de l’EX confrère Karim Achoui : « Mets-lui la pression, au baveux ! » Quand les caïds terrorisent leurs avocats ». Et l’article d’expliquer comment les nouveaux délinquants, hyper-violents, en viennent à exiger sous la menace des résultats qu’ils estiment non pas justes, ni même raisonnables, mais simplement leur être dû de par le simple effet de leur volonté psychotique. L’argent achète tout y compris la Justice alors…Voilà ce qui commence, voilà ce qui dessine un horizon aussi noir que violent. Il y a près de deux milles ans, Cicéron commença sa plaidoirie ainsi : « Arma Togae cedant » (Que les armes cèdent la place à la Toge). La boucle sera-elle bientôt bouclée et faut-il lire l’inverse? Sommes-nous arrivés au point que le Droit n’ait plus de place entre la Force et la violence ? Force d’un Etat qui s’arroge un droit absolu de surveillance et de contrôle au point de toucher aux Libertés d’association, de communication, de parole (Loi du 04 février 2010 - Loi relative aux méthodes de recueil des données par les services de renseignement et de sécurité) ou du secret professionnel (458 bis nouveau du Code Pénal). La violence des personnes qui du Kenya à Marseille, de Charleroi à Anvers ne se reconnaissent plus dans une Société Humaine où le droit arbitre ces deux mâchoires d’étau qui broient et annihilent à terme toute liberté individuelle. Que l’on se souviennent que sous Staline, un vélo pouvait rester huit jours dans le métro de Moscou, et de pareille manière sous Franco à Madrid, sans que personne ne pense même à le regarder, et que sous Hitler, la détention d’un simple fusil de chasse vous envoyait à Dachau, que le même « bienfaiteur du Peuple » écrivait dès 1933 vouloir bannir les armes, la drogue, la prostitution, l’alcool et les asociaux en promettant des lendemains chantant au plus grand bénéfice de tous. Le rêve de Kim Jung Un, le paradis de la sécurité… l’enfer de la Liberté ! Que l’on s’intéresse aussi  aux quartiers de Détroit, de Bogota, de Mexico city ou de Mogadiscio gérés par les seigneurs locaux. Le rêve des Pablo Escobar et autres capo di capi… un autre enfer tout aussi désespérément broyant d’Humanité. Un point commun entre ces évocations, plus besoin d’Avocat, plus besoin de Juges, pas question de droits… une lutte violente, sans règles, sans limite, sans prévisibilité entre deux puissances et une escalade jusqu’à l’effondrement. L’Histoire nous le dit, l’Histoire nous prévient. Et de Mad Max à Dosadi (Fr.Herbert), la fiction vient à son secours.

« Un Juge endormi est un Juge mort pour la Justice », disait P.Truche, ancien Premier Président de la Cour de Cassation de France et d’ajouter que le rôle de l’avocat était d’éviter cet endormissement. Mais il y a pire : « Un Juge Certain est un Juge Assassin ». Assassin de la présomption d’innocence, du doute, de la charge de la preuve bref…du Droit et donc de la Liberté. Et pourtant comme la tentation devient grande, comme il est tellement naturel d’être lassé, dégouté, écœuré et inquiété par cette brutalité aveugle qui va jusqu’à s’imposer dans les Prétoires. Le temps n’est pas loin où l’on se souviendra des procédures secrètes et du huis clos généralisés propres au Code de l’Inquisition. Et on aura les meilleures raisons du monde : une justice à l’abri des influences et des menaces. Une Justice efficace. Attendez qu’un Juge se fasse clairement contraindre. Car si aujourd’hui, l’avocat est touché, très vite ce qui se passe ailleurs se reproduira chez nous et demain d’aucun auront compris que plutôt que de « Mettre la pression sur le baveux », il est plus rentable et plus efficace de « serrer au couille le gerbier ». Et ce jour-là, l’Etat dans sa puissance avec la peur du Peuple comme justification et  l’efficacité comme légitimité ouvrira un peu plus grand les portes de Guantanamo. Dix ans ! Dix ans de détention sans jugement, dix ans de force et d’absence de Justice. « Oui mais ce sont des terroristes » ! La belle affaire ! Qu’on les juge alors et qu’ils soient condamnés même à mort, cela ne me dérange pas. Par contre au « Oui mais ce sont des terroristes » répondra demain en écho « Oui mais ce sont des braqueurs-tueurs, oui mais ce sont des pédophiles, oui mais ce sont des délinquants fiscaux, des ennemis du Peuple… » A l’infini jusqu’à reprendre le crime d’intention du code pénal soviétique… pourquoi limiter si le crime est lui-même sans limite ? Ne pas voir la réponse évidente est en soi l’alerte la plus criante ! Car la Liberté a besoin du Droit, car le Droit n’est pas là pour le plus fort, il n’en n’a pas besoin. Le droit est là pour le faible, l’accusé, le seul, celui ou celle que tout condamne, de la raison d’Etat à la Sécurité Publique en passant par cette putain d’opinion publique et les petits caïds révoltants de prétentions. Le Droit existe quand tout et tous crient à l’évidence mais aussi quand un petit merdeux se prend pour Louis XIV ; si le Droit n’est pas là, il n’est plus ! Le dernier outrage, l’ultime fin sera d’utiliser Thémis pour pseudo-justifier  la Force sans droit. Et les Tribunaux d’Exceptions de Vichy viennent à ma mémoire… On n’y est pas, on en est même loin car l’Etat se méfie encore de l’Ingratitude Sacrée de ses Juges raison pour laquelle la loi du 04 février 2010 est une loi d’Exécutif et surtout de NON judiciaire….comme l’Armé à Marseille. Mais les truands ont commencé et hier, en France, le Tocsin vient de sonner aux oreilles de tous les avocats et de tous les bâtonniers. Il y a extrême urgence à garantir la Liberté de la Toge, à défaut ce sera la mort de la Justice et de la Liberté car la prochaine cible sera le Juge et la réponse sera l’Etat. La Convention Européenne deviendra dès lors un bel outil archéologique élégamment écrit pour des gens qui ne savent plus lire et d’autres qui ne voudront pas la lire.
Alors une idole ? Nabila sans hésiter. Autant être trépané, c’est plus facile.

 

Yves DEMANET
Avocat