DSK – Mai 2011.

Par ordre et sous menaces diverses et multiples de mon réd' chef, loué soit son Saint Nom, je suis contraint d'écrire sur DSK !

Celui-là, on va nous le servir à toutes les sauces ; ce sera le loft judiciaire, le secret story juridique des dix prochains mois.

« Sexe, pouvoir et pognon… » Depuis Sophocle, ça marche !

Que dire... Et puis j'ai pas envie : l'écriture c'est comme la pâtisserie : t'as pas envie et tout devient ennuyeux, lassant, lourd et indigeste...

Mais que dire ??? Cherchons l'inspiration... L'esprit vagabond se laisse aller au sourire... « Dominique nique nique s'en allait tout simplement... ». J'aime bien aussi la sentence de F. Godfroid : « Erection, piège à con ! »

Partir sur la Tragédie peut-être ? La chute du puissant, la fille et l’épouse sobres et dignes, la descente du tribunal comme montée du Golgotha, les reniements des amis au chant du coq, la théorie du complot... parlons-en.

C'est un coup posthume de Ben Laden, mieux que les deux tours... ou de Barak Hussein Obama contre le juif DSK ou du SDEC aux ordres de Sarko en cadeau à la future maman comme Hérode apportant la tête de Jean-Baptiste à La fille d’Hérodiade.

Ou mieux encore du Mossad qui détient les preuves de l’innocence, fera élire DSK in extremis, en échange de quoi la Palestine sera nucléarisée avec l'Iran… ou du Saint-Siège qui ne veut pas que la fille ainée de l'Église soit dirigée par un fils d'Abraham ; Benoit n'a pas oublié les leçons de sa jeunesse... ou du Service Action du Bâtonnier P. Neuville qui veut montrer aux politiques que tôt ou tard, ils auront besoin des avocats. On l'imagine aisément interpellant l'oublieux Stéphane Declercq : « Pensez à DSK et quadruplez le budget sinon... ». Il est vrai que si DSK avait consulté avant...

Et quitte à faire dans l'odieux : un vieux banquier juif blanc, riche et puissant qui viole une pauvre maman noire jeune et courageuse... c'est mieux que tintin en Amérique. J'en connais plein qui n'aurait pas osé rêver à un tel scénario, dont un est mort le 30 avril '45 à Berlin. Les américains vont nous rejouer la case de l'oncle Tom en plus hard.

Il est vrai que saint Kennedy ou saint Clinton n'étaient pas des french hot rabbit, et il est aussi vrai que se partager la même Maryline ou la même Jackie n'était pas un crime, et qu'une secrétaire noyée dans un fleuve n'a rien de sexuel...

Alors DSK, coupable ou non, piégé ou pas, victime d'une nouvelle escroquerie africaine ou prince lubrique au-dessus des lois... peu m'importe !

Il y a cependant une ou deux petites choses qui me choquent. Présomption d'innocence ? D'accord ! Mais aussi pour la Dame (et non pas la "fille") ! Quand Jack Lang dit : « il n'y pas mort d'homme », l'insulte n'est pas dans « mort » mais dans « homme »... J'aimerais bien lui voir mordre le coussin, question  de savoir s'il garde le même sourire... quand Jean-François Khan parle du « troussage d'une soubrette », on croit lire Sade ! Il aurait pu citer Coluche : « Le viol, c'est quand on ne veut pas ! Moi, je voulais! »

Ah que j'aime ces droits de l'hommiste à  l'indignation  très variable ; décidément le viol est bien le seul crime qui fait sourire les crétins.

Et que voilà de beaux amis de Cour ; requérant ainsi a minima, ils attestent des faits tout en revendiquant la présomption d'innocence.

Tas d'hypocrites et de lâches, vous souillez le mot « Amitié ».

J'aurais préféré la mauvaise foi absolue ; celle qui est du cœur et va au-delà de la raison, celle qui ne peut pas voir la faute, celle qui se tient contre tous et tout évidence.

Et de l'autre côté, ce relent d'antisémitisme visqueux qui se réjouit de pouvoir enfin s'exprimer légitiment.

Et la leçon du père Le Pen... se souvient-il de ses caves en Algérie ?
Cette écœurante jouissance de voir un puissant choir dans le malheur comme si les dieux jaloux vengeaient en une fois tous les médiocres. 

Et ce sourire entendus et envieux face à l'importance de la caution comme si le socialiste DSK avait trahi des vœux de pauvretés. La richesse et l'intelligence comme preuves de culpabilité... pas mal non plus.

Décidément, la chute d'un aigle réjouit les cafards.

Moi, je voulais vous parler de mes projets de vacances. Je voulais aller à Reykjavik, cet été : le soleil de minuit, les pleines lunaires, la beauté minérale, l'affrontement titanesque du feu et de la glace, les trolls, le vent, et puis voilà que ce dimanche, après avoir zappé sur l'image d'un ex bâtonnier bruxellois en mal d’audience, je tombe sur les images du volcan Grimsvötn en éruption.

Foutu les vacances ; comme pour DSK, voilà mes projets aux oubliettes.

Ceci me donne à penser à de singulières comparaisons : éruption-érection : deux phénomènes naturels, deux phénomènes aux conséquences imprévisibles. Je préfère cependant les volcans, au moins on ne condamne pas les victimes.

Alors pour mes vacances et pour respirer un peu d'air pur, je vais aller à Colombey-Les-Deux-Eglises.

Il y a là, le repos d'un Homme mort, un soir de novembre, seul devant une réussite qui savait qu'avoir le pouvoir ce n'est pas être le pouvoir.

Il y a là un souffle de Grandeur et de Service, une leçon.

J'irai voir la gigantesque croix de Lorraine et me souviendrai de l'échange avec Malraux « Ici, Mon Général, on bâtira une immense croix de Lorraine! »

« C'est bien, répondit l'Homme, ça incitera les lapins à la résistance »

Car tout est vanité.

 

Yves DEMANET
Avocat