Exécution – Août 2010.

Pendant ces vacances, un flash info perdu au milieu des millions d’inondés de Chine et du Pakistan, des massacres du Kivu et des Roms sarkosisés et autres joyeusetés : il est prévu ce 28 août 2010 que Madame Sakineh Mohammadi Ashtiani soit lapidée pour cause d’adultère.

Elle est précédée, au moment où j’écris ces lignes, par un couple d’afghans « exécutés » de même sauce, ce 16 août 2010.

Evidemment, il est de bon temps de se révolter, de pétitionner et de s’outrager publiquement.

Evidemment les avocats, par nature, par devoir et, un peu, par habitude s’insurgent et poussent les hauts cris. On a un rôle sociétal à remplir, et il faut bien répondre présent chaque fois qu’un tel événement se médiatise peu ou prou. Il n’y a d’ailleurs pas là qu’une hypocrisie cynique … Il y a une vrai empathie et un vrai dégoût de voir ainsi programmée la mort d’un être vivant par un supplice-spectacle, où la foule, comme dans les meilleurs reality shows, est appelée à « interagir ».

Et puis, on se dit qu’il faut se méfier de l’ethnocentrisme, que nos valeurs ne sont pas les leurs, que nous n’avons pas le droit de juger une autre culture, une autre religion, un autre monde et qu’après tout, les droits de l’homme ne sont qu’une invention d’un club bienpensant d’hommes blancs européens confortablement installés autour d’une vision de la société idéale, et qu’après tout, cet « idéal » n’a pas à être imposé à ceux qui n’en veulent pas. Et puis, être dans le même groupe protestataire que Carla Bruni à quelque chose de… comment dire… d’inconfortable.

Et enfin, il y aura bien quelqu’un pour appeler à la Tolérance et dire qu’il vaut mieux comprendre sans juger que l’inverse !

« Tolérance » ! Voilà un mot magique, un mot qui clôt tous les discours, qui éteint l’indignation, qui rassure et fait silence universellement, car qui oserait encore, en cet occident confortable, se dire intolérant ? On peut se dire athée, croyant de ceci ou cela, végétarien ou nudiste. On peut se dire pro ou contre machin ou chose, pour les bébés phoque, contre les OGM, avoir sa sexualité alternative… On peut se dire à peu près n’importe quoi, SAUF d’être intolérant ! On peut même en rire de la Très Sainte Tolérance et dire avec l’écrivain, qu’il y a des maisons pour cela, mais jamais de quelle que manière que ce soit, la contester.

Et là, vient l’avertissement d’Alain Finkielkraut : « La tolérance finit par ne tolérer qu’elle-même ». Phrase terrible et terrifiante ; ainsi la tolérance aurait ses limites et ne serait pas exonératoire de conscience et de responsabilité. Ainsi, peu importe la valeur universelle, ou non, des Droit de l’Homme, il y aurait parfois crime à tolérer ! 

Et bien oui, pas plus qu’un parpaing de béton n’est « toléré » par le crâne d’un être bâillonné et à demi enterré ; une condamnation judiciaire de cette nature doit révulser et ne pas être « tolérée », car tolérer c’est accepter et expliquer l’inexplicable, l’innommable et le révoltant.

Car « tolérer » même du bout d’un seul mot, même de l’ombre d’une seule pensée, c’est être complice.

Alors, il faut pouvoir au moins dire que cette condamnation est une horreur au moins aussi détestable que l’acte qu’elle ordonne, et ne pas craindre le reproche « d’intolérance ».

 

Yves DEMANET
Avocat